Cet article se propose d’analyser la crise du carburant au Burundi en recourant à un triple questionnement hypothétique.
Comment résoudre un problème qui n’existe pas à travers la méthode de la fausse supposition ?
Comment formaliser la gestion d’un bien stratégique dans un environnement complexe ?
Quel paramètre imaginaire de contrôle pour un i-environnement, c’est à dire un environnement dont tout calcul de chiffrement s’avère complexe ?
Le carburant constitue un bien stratégique en plus d’être une marchandise qui a un prix d’achat et de vente, dans la mesure où il constitue la source d’énergie motrice habituelle la plus importante à ce jour au sein de l’économies burundaise.
Sa rareté relative reste une question pendante même dans les pays producteurs de pétrole dans lesquels un puit qui s’épuise ne se remplit pas dans le siècle suivant. A cette rareté relative s’ajoute sa rareté stratégique qui lui confère une position particulière sur le marché des biens et dans l’analyse de la structure des prix des biens importés.
L’analyse de la structure de prix d’un bien stratégique a pour but de déterminer une politique de constitution de 3 niveaux de stock visant à assurer sa disponibilité et son accessibilité par les consommateurs sur le marché national domestique.
Dans le cas particulier du Burundi cette politique a donné des résultats complaisants pour certains acteurs et intervenants et très mitigés pour d’autres acteurs. Examinons cela de près !
La constitution progressive d’un stock stratégique nécessite une infrastructure délocalisée très couteuse et des ressources financières très oisives (épargne immobilisée à moyen et long terme) dont l’Etat du Burundi est incapable de mobiliser.
Le stockage pour assurer un approvisionnement commercial des stations de distribution de carburant pour les usages courants et récurrents au quotidien se heurte à des blocages irrationnels. Jusqu’à nos jours, il manque des professionnels du métier qui entreprend dans le secteur pétrolier pour tirer profit de l’opportunité et promouvoir le secteur de l’énergie dans son ensemble.
Les propriétaires de stations à carburant et des véhicules spécialisés dans l’importation et la distribution de l’or noir sont une minorité d’individus frileux et coincés entre la revendication des privilèges et attributs politiques et l’affirmation d’un statut de commerçant professionnel. C’est la raison pour laquelle aucune logique commerciale et de profit ne peut sortir de leurs tractations avec les instances de régulation du secteur pétrolier. Apparait ainsi une situation d’argumentation irrationnelle sur les causes et les conséquences de l’inexistence du carburant à la pompe.
A cet effet, la crise de carburant est décrite comme un problème qui n’existe pas voire un problème inventé pour servir d’alibi, de contestation et d’amalgame dans les trois camps en affrontement (celui des régulateurs, celui des fournisseurs distributeurs et celui des consommateurs). Chaque camp définit le problème selon ses humeurs et ses prétentions éloignées d’une recherche de solution de marché.
Qu’en est-il du stock de spéculation stabilisatrice ? Le stock de spéculation a pour but de maitriser les situations de ruptures momentanées de stocks (l’approvisionnement du stock courant prend du temps), les effets de boom d’activité et les chocs inflationnistes.
Le mécanisme automatique de spéculation stabilisatrice n’est rentable économiquement qu’au moment où l’option d’arbitrage est épuisée. C’est à dire l’observation des écarts entre l’offre et la demande sur deux compartiments du marché pétrolier et sur deux localisations de marché qui amène le régulateur à modifier la structure du prix ou le système d’approvisionnement. L’option d’arbitrage est la canal d’impulsion du régulateur quand le prix est administré (cas du Burundi) et en présence d’un stock stratégique de couverture (pas le cas du Burundi).
L’option d’arbitrage devient donc le sort (situation arbitraire) d’un groupe dominant dans chaque camp en affrontement qui exerce une pression politique pour obtenir un avantage de rente financière de situation par la voie d’un lobbying économique. Nous sommes proches de ce contexte.
Cela entraine des risques importants dans la mesure où les initiatives qui visent l’amélioration des conditions d’une spéculation stabilisatrice et profitable sont bloquées à court et moyen terme.
En effet, les pénuries de carburant à la pompe viennent de passer une période de plus de 5 ans sous un alibi de manque de devises justifié par les vols (détournement), le non rapatriement des devises d’exportation et la fuite de capitaux, la guerre en Ukraine, etc.
Or, c’est l’ensemble de tous ses effets combinés de blocage et de confrontation qui crée une situation d’extrême complexité : d’une part, une cause se justifie par ses effets durables qui créent des habitudes de consommation quasi irréversibles, et d’autre part, les effets durables justifient l’existence normale de la cause. Un cercle vicieux et un piège sans fin s’installent dans l’économie.
A qui revient la faute alors ? Personne évidemment ! Le problème devient inexistant car personne ne pourra le définir en vue d’une esquisse de solution.
Les économistes quantitativistes ont l’habitude de faire l’analyse des situations complexes délimités dans un espace en faisant recours à la méthode de la fausse supposition. Toutefois, à un niveau élevé d’analyse impliquant plusieurs paramètres, ils vont faire appel à un paramètre imaginaire de blocage et un cible d’acteurs d’impact soumis à un environnement incertain quasi imaginaire car nous sommes dans une situation où le problème est défini irrationnellement et évolue donc dans un labyrinthe social.
C’est pourquoi nous évoquons la notion de i-environnement et d’un paramètre imaginaire de contrôle pour mieux caractérisé le contexte d’incompréhension. L’hyper i-environnement est formé de couples d’informations dont l’une est issue de la réalité sensible du consommateur (exemple : rareté de carburant à la pompe, achat d’un litre hors pompe quatre fois le prix de la pompe) et l’autre information est imaginaire car vehiculée par une communication sensationnelle (exemple : des exportateurs qui ne rapatrient pas les recettes de vente ou les transporteurs volent les passagers par la hausse de prix).
L’environnement de la technologie blockchain est le seul à nos jours à offrir un espace d’information et d’interaction dont une source d’information est réelle car basée sur une activité économique et l’autre une source d’information virtuelle (échange digital) sous un paramètre de contrôle transparent et quasi imaginaire (règle de l’anonymat) : l’existence d’une base de données distribuées et non falsifiable et décentralisée. Dans la configuration d’un block Chain tout le monde est soumis aux mêmes règles de jeux et exerce les droits similaires dans l’échange virtuel.
L’idée force ou solution géniale est que l’environnement informatique de la blockchain consiste en des activités ou transactions qui laissent une traçabilité non falsifiable pour assurer le contrôle de la saturation d’un objectif (exemple, l’épuisement du stock courant de carburant à la pompe) via un paramétrage virtuel. L’information est totalement symétrique.
Concrètement, la technologie blockchain appliquée au secteur du carburant résout simultanément les difficultés managériales suivantes :
- Transparence dans l’approvisionnement et la gestion des trois niveaux de stock pétrolier (stratégique, courant et spéculatif).
- Transparence dans la distribution et la tarification du carburant à la pompe chez les intermédiaires
- Transparence dans le service à la pompe et l’utilisation du carburant par les usagers et les consommateurs
L’introduction de l’application « igitoro pass » ne résout aucun problème et n’engendre pas de discipline présupposée, mais par contre, induit des réclamations des droits non acquis.
La création d’une base de données distribuées non falsifiable et décentralisées est très capital dans la mise en place d’un mécanisme consensuel et de gestion rationnelle de carburant au Burundi. Elle offre les services suivants:
- Faciliter à affecter des catégories ou groupe de véhicules à une station de distribution de carburant
- Associer pair à pair plusieurs catégories d’usagers impliqués dans le système de distribution et contrôle de carburant
- Mieux créer des catégories des véhicules consommateurs selon l’usage et l’étendue de la circulation
- Optimiser la gestion de la logistique de transport de carburant
- Contrôler des niveaux atteints de consommation journalière par station et par catégories de véhicule
- Associer plusieurs intervenants dans la gouvernance du secteur pétrolier
- Décider les validations des requêtes sur base d’une information disponible et fiable en temps réel
- Mieux définir les difficultés ou blocage au moment qu’il faut et éviter l’entre-chevauchement d’intérêts et jeu d’influence par abus de pouvoir, de position dominante ou d’ignorance de l’impact négatif d’une décision arbitraire.
- Procéder à une discrimination positive sur base de consensus
La particularité offerte par l’environnement de la technologie de blockchain est que les acteurs pourront y trouver ou y définir la meilleure unité de compte monétaire pour assurer l’échange au mieux disant du bien stratégique :
- Possibilité de se convenir sur une monnaie conventionnelle complémentaire propre au secteur pétrolier du Burundi
- Possibilité de recourir aux innovations monétaires du secteur de la cryptomonnaie qui concilient les intérêts du secteur public (monnaie digitale de la banque centrale) et ceux du secteur privé (cryptomonnaie privée)
- L’entremise du marché des capitaux pour assurer les bouclages des transactions et la gestion des options de couverture de risques divers par les opérateurs étrangers intervenants dans le marché pétrolier burundais.
En partant d’un questionnement hypothétique sur un problème mal défini ou inexistant nous avons pu le ramener à un environnement informatique permettant de rendre intelligible certaines de ses réalités et perceptions sensationnelles. La solution trouvée proviendrait d’une révolution numérique, une réforme informatique et un bond en avant dans la compréhension des nouveaux modes d’interactions entre acteurs évoluant dans des espaces virtuels pour le bien de tous.
